Le Pays du Lieutenant Schreiber, A.Makine

Le pays du lieutenant Schreiber, Andreï Makine (janvier 2014)

« Ce livre n’a d’autre but que d’aider la parole du lieutenant Schreiber à vaincre l’oubli. » A.Makine

    

À travers ce roman, c’est un double portrait que trace en réalité Andreï Makine, d’une part le portrait du lieutenant Schreiber, sa vie, son engagement et son amour pour la France mais aussi son caractère, sa façon d’être et de raconter cet engagement et cet amour. De l’autre, le portrait de cette France pour qui il a tout donné, mais qui ne le lui a pas toujours rendu : au retour de la guerre, c’est un soldat perdu qui ne reconnaît pas son pays, qui se sent exclu, de trop. Un pays qui n’entend pas, qui ne veut pas entendre le témoignage d’un soldat de cette drôle de guerre. Un pays qui ira jusqu’à ignorer cette voix qu’est celle du lieutenant Schreiber, laissant ses mémoires tomber aux oubliettes. Ce livre, c’est donc un moyen pour Makine de se racheter auprès du lieutenant Schreiber, Jean-Claude, à qui il avait si vivement suggéré de faire de son expérience un livre, le menant ainsi vers une déception, une désillusion de plus. Enfin, c’est aussi un moyen pour lui de porter le témoignage de Schreiber sur le devant de la scène, de « l’aider à vaincre l’oubli », de permettre à un personnage, un Homme qu’il admire d’accéder à la postérité, afin que les générations futures sachent ce qu’a été la vie d’un soldat français juif dans les années 40.

Et ce témoignage, Andreï Makine le porte avec son style, son écriture. Plusieurs fois primé, notamment par le Prix Goncourt pour le Testament français, Makine est dans ce roman encore, fidèle à lui même : une écriture classique qui sait toujours trouver le bon mot, la bonne tournure pour énoncer à la fois la beauté et la complexité du personnage, de la situation. On appréciera également ce jeu sur les répétitions qui permettent à la fois d’ancrer la mémoire du lieutenant Schreiber dans notre esprit, mais aussi de voir de nos yeux ce nonagénaire nous conter et reconter ses histoires, comme un grand-père le ferait avec ses petits-enfants. Enfin, l’écriture à la première personne nous permet d’embrasser à la fois le regard extérieur, critique et objectif de Makine ainsi que le jugement rétrospectif du principal intéressé. Une analyse double qui permet d’entrevoir le problème en long et en large et de pousser soi-même plus loin sa propre réflexion… et qui donne envie de lire ces mémoires dont personne n’a voulu !Le livre est à conseiller, car court et savamment écrit, il n’en est pas moins dense et la réflexion qu’il fait naître se prolonge bien au-delà de la lecture…

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