D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, JC Lattès (2015)

« L’écriture est un sport de combat. Elle comporte des risques, elle rend vulnérable. Sinon elle ne vaut rien. »

J’ai hésité un moment à gratifier ce livre de la fameuse mention « coup de coeur ». Mais comme je dis souvent : s’il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute. En effet, si ce livre avait été un véritable coup de coeur, la question ne se serait pas posée, cela aurait été une évidence. Pour autant, vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre : vous devez le lire. Vous ne devez pas le lire parce que vous adorez Delphine de Vigan, vous ne devez pas le lire parce qu’il a été primé, vous ne devez pas le lire parce de Vigan est une auteure à la mode. Non, vous devez le lire parce qu’il est bon, vous devez le lire parce qu’il fait ce qui est l’essence même de la littérature et de tout art : il interroge. Ce roman est une interrogation perpétuelle sur la psychologie, sur la confiance, sur l’emprise, mais surtout : sur la littérature, sur ce qu’elle est, sur ce qu’elle devrait être.

Le personnage de L. est intriguant, dangereux, manipulateur. Cette initiale à elle seule signifie tout. « L. » se confond avec « elle », elle n’a pas vraiment de nom, pas vraiment d’identité. Une initiale, un pronom, c’est tout ce qui reste de L. C’est là que se trouve la clef du roman. L. est-il un personnage de « pure » fiction ou bien une personne réelle, strictement biographique ?

Les mêmes questions se posent alors pour le personnage de Delphine. Elle a le même prénom que l’auteure, les descriptions physiques correspondent et certains points de sa vie sont strictement identiques à la biographie de Vigan. Pourtant, cette Delphine-là n’est-elle pas finalement qu’un être de papier ? Un type créé de A à Z pour manipuler le lecteur ?

Tout, dans ce roman à mi-chemin entre thriller psychologique et introspection personnelle, semble nous indiquer que le récit est « inspiré de faits réels » : son titre, les photos de la couverture, le prénom du personnage principal, les concordance avec la « vraie » vie de l’auteure… Et pourtant, on ne cesse de se poser la question. La plume de Delphine de Vigan est agréable et puissante, elle parvient aisément à emmener le lecteur où elle le souhaite, à le faire douter, réfléchir. N’est-ce pas cela, finalement, le but de la littérature ? De pouvoir faire croire tout et son contraire au lecteur, de pouvoir lui faire croire, par la force des mots, ce que l’on veut ? L’ambition de Delphine de Vigan pour ce livre était grande, le résultat l’est tout autant. Je ne peux que vous le conseiller très vivement.

« D’ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont tout, ou presque, serait inventé. »

D’après une histoire vraie, réalité ou fiction ? Difficile de trancher, et c’est ce qui fait la force de ce très bon roman.

Vos petits mots

  • Personnellement, je n’ai pas hésité une seconde : ce livre fut un coup de cœur ! Il est brillant ! Il nous transporte au fil des pages, puis nous fait réfléchir bien longtemps après la lecture. Le questionnement sur les rapports entre réel et fiction est terriblement bien mené !
    Et il m’a réconciliée avec Delphine de Vigan, dont j’avais adoré No et moi mais été déçue par Rien ne s’oppose à la nuit.

    • Rien ne s’oppose à la nuit est dans ma PAL (oui je fais tout dans le désordre ^^). J’ai entendu beaucoup de bien de No et moi, et il rejoindra sûrement ma PAL aussi….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *