Philosophie du peu : Le courage d’être heureux, Arnaud Villani

Philosophie du peu : Le courage d’être heureux, Arnaud Villani, éditions Sur le Fil (2015)

« Ton héritage dépend de ton respect pour les choses et les gens. Sache les voir. Un tempérament heureux tient les contrastes. À partir d’une certaine masse critique, le virus de bonheur produira une épidémie. »

J’ai reçu ce livre grâce à l’opération Masse Critique organisée par le site Babelio. Je dois avouer que j’ai été attirée par le nom de l’auteur, plus que par la nature et le contenu de l’oeuvre. En effet, le livre de son neveu, Cédric Villani médaille Fields en 2010, Théorème vivant traîne depuis déjà un moment dans ma PAL. J’étais donc très enthousiaste à l’idée de découvrir ce livre qui n’est pas un roman et qui ne parle pas de maths, mais de philosophie. Mon rapport à celle-ci est d’ailleurs très compliqué : je l’ai adorée en Terminale pour finir par la détester en classe prépa. Alors je me suis dit que ce court texte (200 pages organisées en plusieurs chapitres d’une vingtaine de pages, trente maximum) pourrait me réconcilier avec cette discipline que j’avais tant aimée à l’époque.

De quoi alors nous parle cet essai ? Du bonheur tout simplement. À travers ces quelques pages, Arnaud Villani va nous expliquer comment depuis des siècles la philosophie s’attache à nous montrer le bonheur comme illusoire, inatteignable. Puis il va, à travers des expériences personnelles, des éléments autobiographiques nous présenter sa philosophie, sa façon de philosopher et de conceptualiser le bonheur. Ce que j’ai beaucoup aimé dans cet ouvrage, c’est la façon dont son auteur s’est approprié la philosophie, il ne nous sort pas à tout va des exemples très généraux censés illustrer des propos eux-même très généraux. Non, Arnaud Villani nous conte une pensée qui lui est propre, il utilise abondemment le « je », et parmi les citations des philosophes les plus connus on trouve également des citations bien plus intimes, de ses grands-parents par exemple. Ce que j’ai moins aimé en revanche, c’est l’utilisation que j’ai trouvée trop abondante de termes et de définitions philosophiques qui, je trouve, obscurcissent le propos pour qui n’est pas spécialiste ou habitué du jargon de la discipline. Ayant étudié la philosophie quelques années, tous ces mots et leurs sens ne m’étaient pas inconnus, ou bien pas totalement, mais je me demande si le style n’est pas trop ardu pour un novice, par exemple. Mais je sais également que c’est aussi là tout l’art de la philosophie que de consacrer des mots ou de courtes formules pour appréhender des idées complexes, pointues, et pour cette raison, je ne peux pas vraiment blâmer Arnaud Villani d’honorer sa matière en utilisant ses propres codes, même si ceux-ci me sont parfois très hermétiques.

En résumé, je dirais que la plume de l’auteur est très agréable, on sent à la lecture qu’Arnaud Villani est un véritable homme de lettres. Cet essai apparaîtra sans doute assez complexe à appréhender, mais je pense que c’est là que la subdivision en très courts chapitres est très appréciable : nul besoin de tout lire d’une traite, chaque chapitre étant plus ou moins indépendant, chacun peut alors venir piocher un morceau de bonheur dans cette philosophie du peu dès qu’il en ressent le besoin. Enorme coup de coeur, d’ailleurs, pour les dernières pages de cet essai, que je nommerais « les dix commandements du bonheur » et qui sont, à l’inverse de certains passages, très concis et surtout très abordables : des conseils très utiles à appliquer tous les jours pour avoir, enfin, le courage d’être heureux

Je tiens à remercier très chaleureusement les Editions Sur le Fil pour ce livre. L’objet est très séduisant à l’oeil, et très dense pour l’esprit. Leur édition critique de la Séraphîta de Balzac me fait d’ailleurs déjà de l’oeil… Bref, une jeune maison d’édition à suivre pour tous les amoureux de philosophie, mais pas que !

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