Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, P.O.L (2015)

« Ensuite elle murmure les vers car elle a toujours besoin que ses lèvres claquent, bougent dessus, qu’il y ait un contact entre entre eux, l’air et la chair. Ses yeux ne lui suffisent pas, elle a besoin de les mâcher. »

J’ai lu ce roman dans le cadre du Prix du Romand de étudiants France Culture et Télérama. C’est d’ailleurs le premier des 10 livres de la sélection que j’ai lu, tout simplement parce que le titre m’a tout de suite accrochée. En tant qu’ancienne étudiante en Lettres Classiques et surtout grande amatrice de théâtre classique, Titus, Bérénice, ça m’a forcément tout de suite parlé. La quatrième de couverture aussi, donnait envie, nous parlant d’une « Bérénice contemporaine » que Titus a quittée « dans un café ». Alors, comme beaucoup de lecteurs, je me suis dit : « chouette, une réécriture moderne de la tragédie de Bérénice, allons-y ! ». Que nenni ! En réalité, ce que nous offre là Nathalie Azoulai, n’est ni plus ni moins qu’une exofiction, une biographie romancée sur Jean Racine. En soit, ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle, j’adore Racine, alors pourquoi pas. Ce que je reproche ici, c’est la démarche : le titre tout comme la quatrième de couverture nous promettent tout autre chose, et j’avoue m’être sentie plus que lésée en découvrant que le véritable sujet du texte n’était pas tellement l’amour, ni même une tragédie, mais une sorte de biographie psychologique du dramaturge. Cette déception a d’ailleurs failli me faire arrêter ma lecture après même pas une cinquantaine de pages, pour tout vous dire.

Une fois la déception mise de côté, j’ai remis les compteurs à zéro et décidé donc d’abandonner mes rêves de tragédies modernes, de Bérénice 2.0 pour me consacrer pleinement à ce que Nathalie Azoulai avait décidé de nous raconter. Mais là encore, la magie n’a pas tout à fait opéré. Le récit de la vie de Racine est certes très intéressant en soi, car si j’ai lu une grande partie de ses pièces, je ne m’étais jamais vraiment penché sur sa biographie, et en ce sens, j’ai été ravie d’apprende certaines choses. L’écriture est également très bonne, je n’ai pas grand chose à redire de ce niveau là, si ce n’est que je trouve parfois que l’auteure se « lit un peu écrire » si je puis me permettre, dans le sens où certaine phrases sont fort longues, certes fort belles, mais surtout fort creuses et ne dégagent finalement pas beaucoup de sens. La plume de Nathalie Azoulai n’en reste pas moins agréable et très fluide. Et même si j’ai été heureuse d’en apprendre un peu sur la vie de Racine, je ne comprends toujours pas le postulat de base, le mécanisme intrinsèque au roman. Pourquoi insister autant sur cette Bérénice moderne ? Bérénice qui n’apparaît en tout et pour tout que dans trente des trois-cents pages que contient le livre ? On nous dit, et ce encore une fois dès la quatrième de couverture, et cela nous est répété dans les premières pages, que cette néo-Bérénice a eu besoin de se plonger dans l’univers de Racine, d’apprendre sa vie pour comprendre son oeuvre, de ressentir l’intériorité du tragédien pour parvenir à guérir ses propres maux amoureux. Pourtant, il n’en est rien. Je n’ai trouvé dans cette biographie de Racine rien qui puisse réellement aider quiconque à se remettre d’un chagrin d’amour, ni même à en appréhender la complexité. J’en viens même à penser que le projet initial a échoué : à mon sens, la Bérénice classique, celle de Racine, me fait bien plus apprécier la passion amloureuse et ses dangers sur l’être humain que cette réécriture moderne de Nathalie Azoulai, dont la plume n’en reste pas moins de qualité.

En résumé, si vous aimez l’exofiction, si vous vous intéressez un peu à la vie de Racine, ou encore si vous êtes dix-septiémiste dans l’âme, vous y trouverez certainement votre bonheur.
Mais si comme moi, vous vous attendiez à ce que l’on vous compte les tragédies de l’amour, que l’on vous évoque la psychologie du chagrin d’amour, alors vous risquez d’être déçu. Je vous avouerai que moi même, j’ai commencé à lire le livre un peu à reculons et à partir d’environ la moitié j’ai fini le roman en diagonale, un peu pressée finalement de passer à autre chose. J’espère que ma prochaine lecture pour le prix des étudiants sera un peu moins décevante…

Et vous ? Avez-vous lu ce roman ? Avez-vous lu un autre roman de Nathalie Azoulai ? Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire, même (et je dirai : surtout) s’il diffère du mien.

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