Le Détour, Gerbrand Bakker

Le Détour, Gerbrand Bakker

Je vous en parlais il y a quelques temps, ce livre m’a été envoyé par la Kube suite à ma demande qui était de découvrir le Pays de Galles. Si j’avais été au premier abord déçue de voir qu’il ne s’agissait là pas d’un livre écrit par un auteur Gallois, je peux vous assurer qu’une fois le roman ouvert, toute trace de déception s’est tout simplement évaporée. Cette découverte a été pour moi un véritable coup de coeur…

Une femme entre deux âges part s’isoler dans une vieille ferme au fin fond du Pays de Galles avec pour seule compagnie les poèmes d’Emily Dickinson, le sujet de sa thèse, et les oies laissées là après la mort de Madame Evans, l’ancienne propriétaire. Le Détour est un roman de la solitude, de la contemplation et des non-dits. Tous les gestes de la Néerlandaise sont accomplis lentement, et en silence. Aucune parole chez aucun des personnages n’est vaine, les phrases font mouche, elle résonnent sans cesse. La Néerlandaise, le mari, Bradwen, Rhys Jones ou encore Sam, tous ont leur lot de mystères et de secrets. Au fil des pages, on en apprend un peu plus sur cette femme, son passé, son histoire. Jamais assez : il vous faudra supputer, deviner, lire entre les lignes. Gerbrand Bakker ne va pas vous offrir une histoire sur un plateau, pour comprendre la psychologie si complexe de ses personnages, il va vous falloir enquêter, suivre les indices qu’il sème afin de reconstituer le puzzle.

Ce roman est plein d’une délicieuse sensualité. Rien n’y est jamais dit, tout est esquissé, gazé. Le Détour c’est comme une main qui vous effleure la joue, ça n’a l’air de rien et, pourtant, cela peut vous faire frissoner de plaisir. Cette lecture-là est une véritable caresse, silencieuse mais salvatrice. À travers ces existences silencieuses, ces vies fuyantes, Gerbrand Bakker nous décrit les sentiments les plus profonds de l’âme humaine : la peur, la solitude, le désir. Eros et thanatos. Tout le roman s’articule autour des sens : vue, toucher, odorat occupent une place centrale tout au long du récit. Ce roman ne se lit pas, il se ressent.

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