La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, Joël Dicker

« Un bon livre, Marcus, est un livre que l’on regrette d’avoir terminé.»

Il est assez périlleux de se lancer dans la chronique d’un roman que tout le monde, ou presque, a déjà lu et sur lequel énormément de choses, et surtout énormément de choses justes, ont déjà été dites. Qu’à cela ne tienne, je vais tout de même m’y essayer.

Dans la plupart des catalogues et sur une grande majorité de sites internet, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert est présenté comme un trhiller. J’ai plusieurs raisons de penser que cette appellation est assez réductrice et, par certains aspects, même mensongère. Que nous raconte au juste ce roman ? Effectivement, la toile de fond du récit est bel et bien l’élucidation d’un crime perpétré il y a plus de trente ans dans une commune bien tranquille du New Hampshire. Pour autant, s’agit-il là d’un thriller ? Je ne suis pas sûre. To thrill en anglais, ça veut dire tressaillir, et je ne suis pas convaincue que ce soit là ce que la majorité des lecteurs a ressenti à la lecture du second roman de Joël Dicker. On trésaille effectivement sans doute à la lectue de Shutter Island ou encore dans certains romans de Stephen King, mais je ne suis pas persuadée que l’on tremble plus que cela en lisant les lignes du narrateur Marcus Goldman, bien que les notions de suspense et de policier y soient effectivement très présentes.

Outre les problèmes de définitions, se pose enfin la question du fond de l’oeuvre. En effet, si l’enquête policière sur la mort de la jeune Nola en 1975 semble bel et bien être au centre du roman, elle est en réalité le prétexte à de nombreuses réfléxions bien plus profondes que la simple « mais qui au bon Dieu a bien pu tuer cette gamine ? ». En premier lieu, et je crois que c’est peut-être une des choses qui m’a le plus plu dans ce roman, Joël Dicker ne cesse de nous interroger sur la littérature : du statut d’auteur à la place du lecteur en passant par l’intrusion du marketing, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert nous dresse un portrait du système littéraire américain contemporain et de son fabrique de best-sellers. Plus encore, le lecteur est sans cesse abreuvé de maximes au sujet de l’écriture et du travail de l’écrivain. Qu’est-ce que la littérature ? Qu’est-ce qu’un bon, un grand roman ? Comment devient-on écrivain ? Pourquoi devient-on écrivain ? C’est autant de questionnements (et de début de réponses !) que l’on retrouvera avec plaisir tout au long des chapitres.

En plus de cette réflexion sur la littérature, Joël Dicker brosse un portrait critique et satirique de la société moderne américaine, du marketing, de la justice et de leurs travers. Finalement ce que l’on peut reprocher à l’écrivain Suisse c’est que son écriture, parfois facile, n’est pas à la hauteur de la qualité de l’intrigue. Les personnages nous vendent Les Origines du Mal comme un chef d’oeuvre, pourtant les quelques extraits de ce roman ne font pas vibrer. Plus encore, les dialogues entre Nola et Quebert sont plats et relèvent souvent du cliché. Le fond et la forme ne s’accordent ici pas toujours, et cela est dommageable. Bref, les chef-d’oeuvres promis ne sont pas réellement au rendez-vous, mais une lecture qui reste néanmoins agréable et distrayante.

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