Point final, William Lafleur

Point final, William Lafleur, Michel Lafon (2016).

« Rien n’est vrai. »

Point final, c’est l’histoire un peu folle d’un type qui ouvre un jour un blog où il explique qu’il est en train de réaliser un projet des plus vicieux : se faire passer pour mort auprès de sa famille après avoir truffé la maison de caméras pour pouvoir suivre en temps réel leur réaction face à cette terrible nouvelle. Le blog ainsi créé se compose sous forme d’un journal mis à jour quotidiennement. Les internautes ne se font pas attendre et réagissent : certains y croient, d’autres crient au fake, la plupart reste perplexe quant à cette étrange entreprise.

Point final, c’est ce blog mis en pages dans un roman. C’est un narrateur qui nous embarque dans sa folie. Qui, au fond, n’a jamais voulu savoir ce que pensent vraiment ses proches à son sujet ? L’histoire est dérangeante, le projet tordu. Mais au fond, cette situation poussée à l’extrême n’est qu’un prétexte pour mettre le lecteur face à la solitude d’un homme, face à l’absurdité de la condition humaine. Être marié-e, avoir une maison, des enfants, cela fait-il de nous quelqu’un d’heureux ou d’accompli ? Peut-on se sentir seul, même en étant entouré ? Connaît-on réellement les membres de notre famille ? Ces enfants que l’on a élevés et que l’on côtoie tous les jours ? Toutes ces questions, le narrateur, désormais seul face à son écran, spectateur de ce qui était sa propre vie, va se les poser, tour à tour.

Point final, c’est aussi un final inattendu, un twist qui me ferait considérer ce roman peut-être presque comme une nouvelle. William Lafleur, pendant 150 pages nous emmène dans une direction qui, en fin de compte, n’était qu’une fausse piste, un leurre depuis le départ. Ce petit livre est une interrogation constante des questions de paraître et  de faux-semblants, une remise en question favorisée par le format initial : le blog, qui prétend prêcher le vrai, mais quel vrai ?

La plume de William Lafleur est agréable sans être transcendante. Phrases courtes et ton sec correspondent parfaitement à l’ambiance de l’intrigue et au caractère du personnage. Ce que je regrette un peu, finalement, et que je pourrais reprocher à l’auteur, c’est de n’être au fond pas allé assez loin à mon goût dans la psychologie des personnages, de ne pas avoir tiré la corde jusqu’au bout. Certains des personnages manquaient un peu de profondeur selon moi, et j’ai trouvé quelques facilités dans la construction de ceux-ci ainsi que dans certains procédés narratifs. Mais dans l’ensemble ma lecture a été agréable et a été porteuse de réflexion. Mission accomplie : well done, Monsieur Le Prof !

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