Avant toi, Jojo Moyes

Avant toi, Jojo Moyes, Milady (2014)

« Le pouvoir est dans le savoir. »

À force de voir ce livre partout, et surtout après être tombée dessus lors d’un vide-grenier, j’ai finalement décidé de me lancer dans la lecture de Avant toi de Jojo Moyes : une romance anglaise saluée par la critique autant que par la blogosphère. Pour autant, je ne m’attendais pas à un coup de coeur : la romance ne figure vraiment pas parmi mes genres préférés.

Malheureusement, Avant toi, n’a pas fait exception à cette règle et a dans l’ensemble été plutôt une déception pour moi. Cette chronique va donc très certainement détoner avec l’immense majorité de celles écrites à son sujet. L’histoire est celle de Louisa, une jeune femme bientôt trentenaire qui n’a jamais quitté son petit patelin paumé de l’Angleterre et qui, après la perte de son emploi dans un petit café, va se retrouver embauchée comme aide-soignante d’un richissime tétraplégique qui a décidé de mettre fin à ses jours. Sa famille et Louisa n’ont que quelques mois pour le faire changer d’avis.

L’intrigue tout d’abord m’est apparue plate et surtout excessivement prévisible. Le thème de l’amour impossible n’a rien de nouveau en littérature et le fait que cette impossibilité soit en partie due à l’handicap ne l’est pas franchement non plus. Moi qui suis assez sensible à la question du handicap et très intéressée par le débat soulevé par celle du droit à la fin de vie, j’ai trouvé que le roman traitait ces deux choses très superficiellement. On m’opposera certainement que le thème du handicap est partout, et je vous l’accorde, mais l’omniprésence du thème ne prouve en rien que celui-ci a été présenté de manière approfondie. Le texte abonde de bien-pensance et de remarques moralisatrices sur la manière dont la société voit le handicap, mais il ne va jamais au-delà, l’auteure se contente finalement de dresser un constat assez simpliste et surtout très manichéen de la situation. Mais soit, Jojo Moyes le dit elle-même, il ne faut pas chercher à faire de ce roman autre chose qu’une « histoire d’amour » (cf les remerciements en début d’ouvrage !). Toutefois, là encore, le charme n’a pas opéré… On devine la suite des évènements parfois jusqu’à une centaine de page avant que ceux-ci n’arrivent et là fin devient-elle même assez limpide très tôt dans le roman. Si on continue la lecture, je crois que ça n’est absolument pas pour le suspense, pour savoir ce qui va se passer mais plutôt comment cela va-t-il se produire.

La romance, également, m’a laissé un arrière goût désagréable de déjà vu, de cliché et surtout, une fois encore, elle m’a donné une image pas vraiment valorisante de la femme. Je m’explique. On se retrouve ici face au traditionnel schéma du genre : une jeune femme très naïve, d’un milieu social peu aisé, physiquement banale et qui ne connaît pas grand chose d’autre que sa petite routine qui rencontre un homme (un peu) plus âgé, expérimenté, riche, arrogant et surtout très beau. Au début, bien évidemment, le courant ne passe pas, ils se détesteraient presque et ensuite…bref vous voyez. La représentation féminine en prend également pour son grade. S’il est vrai que Louisa se révèle finalement être très intelligente et plein de ressources, j’en ai assez de ces romans/films/séries/etc qui nous montrent finalement qu’une femme ne peut s’épanouir, se découvrir et s’améliorer que grâce à une intervention masculine qui lui ferait tout à coup prendre conscience de son potentiel. Non, non, non et non ! Je commence à en avoir plus qu’assez de ce schéma narratif éculé et rétrograde qui semble pourtant avoir été totalement accepté et intériorisé…

Au niveau des personnages, là aussi, je ressors plutôt déçue de ma lecture. Outre l’éternel clivage entre la jeune fille naïve et l’homme expérimenté, on retrouve également la très cliché opposition riches/pauvres, le personnage de Patrick est quant à lui également un amoncellement de stéréotypes. Finalement je crois qu’il n’y a que le personnage de Katrina qui me soit paru – bien que tête à claque au début – vraiment profond et nuancé, elle seule au fond trouve en elle-même et en elle-même seulement le moyen de prendre son destin en main.

Du point de vue de l’écriture, ça n’était pas transcendant. Le roman se lit très bien, et même très vite, mais je n’ai pas trouvé l’écriture particulièrement élaborée ni tranchante. Certaines tournures font mouche, mais l’ensemble ne fait pas crier au génie. C’est d’autant plus dommage que le thème permettait de vraiment s’amuser de ce côté là.

Et que dire de la représentation du handicap et du suicide… La fin du bouquin est tire larmes mais n’est pas du tout une belle conclusion à mon avis. Trop de raccourcis faciles à faire, même si ça n’était certainement pas le but.

Si je devais finir sur une note positive (oui parce que là pour l’instant je ne suis pas très tendre…), je dirais que ce livre est un bon page-turner, qu’on ne s’ennuie pas à la lecture, et que celle-ci s’avère même rapide et presque agréable. Les amateurs du genre seront très certainement conquis par cette romance ! Pour ma part, je crois que je vais patienter un peu avant de retenter l’aventure du roman d’amour ! Je regarderai sans doute le film, par curiosité, pour voir si celui-ci est parvenu à gommer certains des points qui m’ont dérangé dans le roman (ou pas, en fait). Pour ce qui est du deuxième tome, je le lirai s’il me tombe entre les mains, mais pas sûr que je fasse des pieds et des mains pour me le procurer à tout prix.

En somme, une lecture plutôt agréable mais qui ne suffit pas à me réconcilier avec la romance…

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