#FeminiBooks : je vous emmène dans le Tearling !

Fantasy et féminisme : une douce utopie ?

Bonjour à toutes et à tous ! J’ai l’immense plaisir aujourd’hui d’inaugurer le projet Femini-Books pour la session 2017, première session ouverte – en plus des chaînes YouTube – aux blogs ! Comme son nom l’indique, le projet initié par la chaîne Les Carnets d’Opalyne a pour but de promouvoir le féminisme dans la littérature. Plus largement, il tend à présenter, d’une part, des œuvres de fiction ou non où sont mises en avant des valeurs ou des questionnements féministes mais également d’autre part à dénoncer des clichés sexistes encore bien trop présents dans un certain nombre d’ouvrages. 

Pour cette nouvelle édition du Femini-Books, j’ai donc décidé de vous parler d’une trilogie (dont le dernier volet sort en France dans une semaine !) : La Reine du Tearling de l’autrice américaine Erika Johansen. Loin d’être le roman féministe par excellence, l’oeuvre soulève néanmoins des points intéressants voire nécessaires mais n’est malheureusement pas exempt de tout reproche. Petit tour d’horizon du Tearling.

Attention !
Pour les besoins de la démonstration, cet article va contenir de léger spoilers. Rien qui puisse, toutefois, vous gâcher le plaisir de la découverte de cet univers et de son intrigue : ils ne concerneront que des points de détails

La mode des héroïne « badass » ?

Lorsque l’on regarde en librairie les étagères du rayon nouveautés en fantasy, une chose me semble frappante : la multiplication croissante du nombre de titres mettant en avant un personnage féminin. La Reine du Tearling n’échappe pas à ce – semble-t-il – effet de mode puisque notre héroïne, Kelsea, est une jeune femme héritière du trône du Tearling. Si cela m’a d’abord paru très positif de voir ainsi le nombre de personnages principaux féminins aller croissant dans la littérature de l’imaginaire, j’ai assez vite déchanté. Car si la femme/la jeune fille n’était plus un personnage de seconde zone, un love interest ou un être fragile à sauver, elle ne faisait au fond que se déplacer d’un stéréotype à un autre : celui de la femme « forte », « badass ». Des femmes dont on voulait montrer qu’elles étaient aussi costaudes que les hommes. Cela partait sans doute d’un bon sentiment, mais dans les faits, les choses ne se passaient pas forcément comme prévu et les héroïnes, aussi badass soient-elles, n’en restaient pas moins ancrées dans les standards normés et hétérocentrés que nous connaissons. Bref, un pas en avant et deux en arrière. L’on pourrait alors croire que Kelsea n’est alors qu’un personnage féminin de plus, dont la féminité ne serait au fond qu’un atout marketing de plus. Que nenni !

Un univers ni tout blanc, ni tout noir

Ce que j’ai tout de suite apprécié dans La Reine du Tearling, c’est le côté non manichéen totalement assumé de l’univers mais surtout de l’héroïne. Notre jeune Kelsea a été éduquée pendant toute son enfance à devenir reine et à devenir une bonne et juste reine. Pourtant, lorsque a jeune femme se retrouve à la tête du Tearling, la vérité s’imposte très vite à elle : pour faire le bien, il faut parfois accepter de faire le mal. Tout au long de la trilogie, notre héroïne va devoir faire face à des choix et elle en fera de mauvais. Et c’est tant mieux. Kelsea apparaît alors comme un personnage crédible et profond, bien loin du gentil héros qui veut arranger tout le monde sans jamais blesser personne. Kelsea est impulsive et têtue, elle se trompe, tombe mais se relève. Comme une vraie personne, dans la vraie vie. Bien loin de l’image de la Princesse en détresse, la nouvelle Reine du Tearling a en elle de la rage et de la violence. Un personnage complexe, en somme.

Le problème du rapport au corps

Je vais évoquer ici le seul point noir que j’ai à reprocher à la trilogie. En espérant, peut-être, que le troisième et dernier tome me donnera tort (je ne perds pas espoir !). J’ai été frappée, dès les premières pages du livre, par l’omniprésence de détails, de phrases et d’expressions décrivant le corps de Kelsea. Au début du roman l’héroïne nous est à de nombreuses reprises montrés comme ronde, pourvue de formes généreuses… Jusque là, aucun souci : notre future reine semble assumer son corps tel qu’il est. Mais voilà, les problèmes arrivent lorsque Kelsea se prend à éprouver des sentiments pour un homme. Tout à coup, elle « prend conscience » de sa rondeur et de ses formes, de son grand appétit : et cela la gêne. Et là, je dis non. Je dis non car si le personnage m’était apparu sympathique c’était aussi pour ça : son teint mat et son physique large me plaisait, ils faisaient d’elle une héroïne qui – enfin ! – semblait sortir de ces clichés battus et rebattus sur le physique des femmes et a fortiori celui des princesses.  Ce qui m’a encore plus gênée, c’est qu’à mesure que le roman avance, notre jeune femme commence à perdre du poids du fait des responsabilité et surtout de l’entraînement physique. Cela me gêne, d’une part, parce qu’on montre la pratique physique comme faisant nécessairement disparaître le surpoids : ce n’est pas vrai. Et d’autre part parce que cette perte de poids est accompagnée chez Kelsea d’un sentiment de beauté nouvelle et insoupçonnée. Le roman a achevé de me faire soupirer lors d’une scène a priori anodine : notre héroïne enfile une belle robe et se découvre alors des traits gracieux et désirables. Berk. Tout cela est d’autant plus dommage que la trilogie aborde par ailleurs de très bonne façon des thèmes totalement féministes…

Des thèmes graves et bien traités

Si j’avais beaucoup aimé le premier tome, le deuxième, L’invasion du Tearling, m’a encore davantage accroché. D’une part parce que l’intrigue avance et qu’elle me semble tout à fait originale et intéressante et d’autre part par les thématiques qui y sont abordées. Ainsi, ce deuxième volet nous propose-t-il toute une réflexion sur le viol conjugal. Ce sont là des passages très durs et très violents mais le sujet y est absolument bien traité. La femme concerné n’est d’abord pas réellement consciente de ce qui lui arrive, elle se sent fautive, coupable. Puis la vérité lui saute aux yeux : c’est de sa faute, à lui. Et ce n’est pas normal. Surtout : le mot viol finit par être prononcé, écrit. L’autrice reconnaît l’existence de ce fléau et le dénonce. C’est pour ça, entre autres, que j’ai souhaité vous parler de cette trilogie pour le Femini-Books, car c’est quelque chose de très important et le voir écrit, là, noir sur blanc, dans une oeuvre de fiction fait du bien. Non, ce n’est pas une ineptie de quelques féminazies, il s’agit là au contrait d’un fait social avéré et qu’il nous faut combattre. Aussi, même si par ailleurs tout n’est pas parfait, même si l’autrice fait des erreurs et continue de véhiculer ça et là des clichés ancrés dans nos sociétés patriarcales et que je préférerais voir dénoncés plutôt que repris, il me semblait important de mettre en avant toutes les choses, et les bonnes choses ! qu’Erika Johansen est parvenue à mettre en avant dans ces romans.

Après tout, nous faisons tous des erreurs, nous avons toutes tous, un jour, véhiculé – sans nous en rendre compte – des stéréotypes oppressifs, mais ça ne nous empêche pas par ailleurs d’êtres militant-e-s et de tâcher de nous améliorer.

J’espère que mon article vous aura plu et qu’il vous aura, pourquoi pas, convaincu-e de vous lancer dans la trilogie du Tearling. Pour ma part, j’attends avec impatience le troisième tome qui sortira en France chez JC Lattès le 8 novembre prochain (oui, oui, dans une petite semaine !). Bonne lecture et surtout, bon Femini-Books !

Femini-Books, la suite :
Le Femini-Books sur la blogosphère ça continue dès demain chez Imagynons qui vous parlera d’un manga féministe écrit par unE mangaka…

Vos petits mots

  • Super chouette article, très bien argumenté ! Je n’ai pas lu la série mais je serai curieuse de la découvrir 🙂 Dommage pour les quelques clichés j’espère aussi que le troisième tome te plaira !!

  • J’ai souvent vu passer cette saga sans trop m’y intéresser bien qu’il y en ait de nombreux bons retours. Ce que tu dis est intéressant en tout cas 🙂 je suis d’accord, si une femme est bien dans sa peau et soudainement ne l’est plus pour un homme, c’est pas cool… et je te rejoins quant au fait que passer de la fragile petite femme à la badass qui détruit tout sur son passage, c’est pas forcément un bien pour les lectrices, et ça n’élimine pas tous les clichés pour autant. En parlant de clichés, j’hallucine pas mal de voir à quel point le viol en est encore sujet aujourd’hui ! Mais comme ce thème est très difficile et que je suis très sensible je n’ai encore jamais eu le courage de lire de bouquin qui en parle.

    • Merci beaucoup Clémence pour ton commentaire 🙂
      Je comprends que ce ne soit pas toujours facile de lire des bouquins avec des thématiques aussi dures que celle du viol par exemple. Mais cela fait quand même du bien de voir ce sujet traité d’une bonne manière dans la fiction, sans culpabilisation de la victime.
      Merci pour ton passage !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *