#RLN2018 : Boulevard des étrangers, Hugo Ringer

Le Boulevard des étrangers ou la face cachée de la grande guerre

Si je vous parle de guerre mondiale et de camp, et plus précisément de camp d’internement, vous penserez sans doute (et à raison) à la seconde guerre mondiale. Pourtant, la France a elle aussi connu des camps sur son sol bien des années avant la naissance de l’Allemagne nazie. A travers son témoignage, Hugo Ringer, allemand résidant en France en 1914 nous fait découvrir un témoignage rare sur la vie des internés des camps de guerre de 1914-1918. Arpentons ensemble le Boulevard des étrangers.

Si vous suivez un peu mes pérégrinations sur ce blog, vous savez que je vous ai déjà invité à découvrir les éditions des Archives Dormantes, vous avez également fait la connaissance d’un soldat français pendant la guerre d’Indochine et d’un jeune vendéen interné de guerre pendant la seconde guerre mondiale. Cette fois-ci, la jeune maison d’édition briochine nous invite à nous plonger dans le quotidien d’un allemand francophile interné dans un camp pour étrangers durant toute la durée de la grande guerre.

Une réalité oubliée

Avec tous les traités signés et toutes les promesses proférées, on aurait pu – comme Hugo Ringer – penser que l’internement des « étrangers de nations ennemies à la France » soit au moins temporaire, sinon décent. Que nenni ! Le malheureux allemand nous livre une description franche et sans détour des conditions de vie dans ces camps de guerre. Tous les hommes sont entassés dans de grands locaux industriels, insalubre et même pas chauffé. Les époux et les épouses ont des créneaux restreints, d’à peine quelques heures par jour pour se retrouver. La nourriture est peu abondante et inlassablement la même : quelques pommes de terre, du pain et un maigre morceau de viande. Nous découvrons, comme notre auteur, page après page, la dure réalité de cet épisode oublié – dissimulé ? – de l’histoire de la Première guerre mondiale.

Un témoignage précieux

De ces évènements historiques, il semblerait que nous ayons finalement assez peu de traces. Le manuscrit d’Hugo Ringer revêt alors la veste du devoir de mémoire. Sa parole est inestimable, elle nous permet d’appréhender une situation encore largement méconnue. Ses mots sont justes et précis. Il l’explique d’ailleurs lui-même : il n’est pas là pour faire le récit des évènements de guerre (« d’autres le feront mieux que moi », précise-t-il). Son but est tout autre : il veut nous donner à voir, de la manière la plus objectif et avec le minimum d’affect une réalité de son époque. La mission est plus que rempli, même si en tant que lectrice j’aurais aimé en savoir davantage sur cet allemand amoureux du pays qui l’a fait prisonnier. Pour les féru-es d’histoire, pour les curieux-ses, les éditions les Archives Dormantes nous offre un nouvel ouvrage une fois encore passionnant et passionnée.

En outre, je vous invite à vous rendre sur le site des Archives Dormantes pour lire l’article de présentation consacré au Boulevard des étrangers, vous y trouverez quelques extraits ainsi que des photos d’époque qui rendent la lecture un peu plus concrète, un peu plus tangible et encore plus poignante.

Hugo Ringer, Boulevard des étrangers, Les Archives Dormantes, trad. Ronan Richard, 2018.

 

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