#RLN2018 : La ville en fuite, Jean-Chat Tekgyozyan

Chute en avant dans une ville en fuite avec Jean-Chat Tekgyozyan

Vertigineux, sinueux et flamboyant, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier la balade à travers Erevan que nous propose Jean-Chat Tekgyozyan. Les personnages, la narration et les points de vue se mélangent et se brouillent dans ce récit de jeunesse enivrant et assoiffé de liberté à travers une ville en fuite.

Un trio hors-norme.

Gagik est hétéro. Grig est homo. Les deux sont arméniens et amis – ou peut-être un peu plus, rien n’est clair, rien n’est sûr. Lors d’une soirée chic, ils rencontrent Edita, une jeune étrangère qui cherche en Arménie « la porte du Paradis ». L’été à Everan est brûlant, les deux jeunes hommes sont irrémédiablement attirés par cette femme et partent avec elles sur les routes d’Arménie à la recherche de ce lieu au nom étrange. L’alcool et la musique coulent à flots. Trouveront-ils ce qu’ils sont venus chercher ? Rien n’est moins sûr, car la ville en fuite est à leur trousse.

Une frénétique chute en avant

On a beau se cramponner le plus possible à ce livre et à ses pages, mais son récit nous échappe sans cesse. Les témoignages de Grig et Gagik se mélangent. Les scènes se répètent, jamais totalement les mêmes, jamais totalement différente. Dans cette course effrénée au sein d’une ville en fuite, nos sens sont brouillés : Jean-Chat Tekgyozyan nous inonde d’odeurs, de sons et de sensations. La ville fuit, mais le récit aussi. Tout se passe sous nos yeux mais file entre nos droits. Ce roman est une véritable course, contre le temps, contre la ville. À la recherche de la paix et de la liberté, notre improbable trio nous conduit dans les méandres d’un pays qui se sort difficilement du communisme. Entre passion, soif d’être libre, corruption et homophobie, Erevan fuit. Elle fuit son passé sans être tout à fait certaine de son futur. À l’image de nos trois héros. Comment aller de l’avant quand on ne peut s’empêcher de regarder dans le rétroviseur ?

Une lecture aussi rythmée que brumeuse dont on ressort aussi bien ébahi-e que perplexe.

Jean-Chat Tekgyozyan, La Ville en fuite, Belleville éditions, trad. : Mariam Khatlamajyan, 2018 (service de presse).

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