La dernière marée, Aylin Manço

Des ados et du sel : Aylin Manço nous plonge dans sa dernière marée avant la fin du monde

Aujourd’hui, j’ai la pression (de l’eau), car je rédige une chronique sur un livre d’un genre que je ne lis pas beaucoup (la littérature ado) écrit par une personne que je connais (un peu) maintenant et que j’apprécie (pas mal) et qui lira (sans doute) ces lignes. Mais je relève tout de même le challenge, parce que ce roman le mérite bien.

Remous adolescents

La Dernière Marée n’est pas un roman de fin du monde au sens où vous l’entendez. Déjà, il n’y a pas de zombies. La seule fin du monde à laquelle nous assistons dans le roman, c’est celle de l’enfance, ce monde de certitudes où l’on se laisse porter par les autres, par le vent, par les vagues. Élo a 13 ans et lorsqu’elle revient à Citéplage – la ville de ses vacances estivales – l’eau s’est retirée, et se retire encore, la marée n’est plus, et les touristes non plus. Mais ce n’est pas à la mer qu’elle en veut cet été. C’est à sa mère, qui désespère, à son père, qui l’exaspère, à Hugo et son amitié douce-amère. Non, ce n’est définitivement pas à la mer qu’elle en veut : c’est à la terre entière. À Citéplage comme pendant l’adolescence, tous les drames prennent une tournure quasi apocalyptique. Page après page, Élo doit apprendre à grandir sans la mer et avec ses doutes.

Narration agitée

Telle cette marée qui se retire emportant tout sur son passage, la plume d’Aylin Manço nous attire irrésistiblement. Si le style est parfois onirique et tout en symboles, le roman ne tombe ni dans l’excès ni dans la facilité. L’histoire d’Élo et de sa famille est largement transposable et un brin universelle. L’univers créé par l’autrice (catastrophe écologique, solitude) et sa voix permettent d’exacerber son propos, de dégager l’essence même de l’adolescence : l’incertitude extrême, une défiance nouvelle et cette désagréable impression de solitude. Élo est une ado incomprise, comme toutes les autres, et c’est là tout le talent d’Aylin Manço : son histoire presque invraisemblable de trou dans la mer rend ses personnages profondément humains et ordinaires.

L’eau à la bouche

Petit bonus pour les gourmand·e·s, avec La Dernière Marée vous pourrez déguster un nombre effarant de boules de glace saveur vanille, quelques parts de banana bread et une assiette de tofu grillé ! Bref, il y en a pour tous les goûts, le papa d’Élo vous proposera même de la cuisine maison à emporter. 😉

Pour le reste, je vous laisse déguster ce livre très prometteur qui se laisse fondre doucement comme un bonbon acidulé sur la langue.

Aylin Manço, La Dernière Marée, Talents Hauts, 2019.

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