Feminibooks : deux visions du féminisme turque

Deux autrices, deux époques, mais une seule cause : le féminisme en Turquie

Pour ma deuxième participation au projet Feminibooks (à suivre sur Facebook et Twitter de toute urgence) organisé par Ninon de la chaîne des Carnets d’Opalyne, j’ai décidé de vous emmener en Turquie. Parce que toutes les femmes ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés selon leur origine sociale, ethnique ou religieuse, selon leurs choix, leur orientation sexuelle et leurs expériences personnelles, il me semble important de mettre en avant d’autres voies et voix du féminisme. Je vous propose donc de lire et écouter avec moi Leylâ Erbil et Seray Şahiner.

Deux générations

Leylâ Erbil est née en 1931 à Istanbul. A 40 ans, elle publie son premier roman Une drôle de femme. En 2002, elle est la première autrice turque à être nominée pour le Prix Nobel. En 2013, alors âgée de 82 ans, elle s’éteint dans sa chambre d’hôpital d’Istanbul des suites d’une longue maladie.

Seray Şahiner est née en 1984 à Bursa et grandit à Istanbul. Diplômée de journalisme et spécialisée dans le cinéma et la télévision, elle publie en 2007 son premier roman La coiffure de la mariée puis en 2011 son deuxième roman, Ne tournez pas la page.

Toutes deux sont nées et ont grandi dans un pays laïque qui fut dans les premiers à accorder le droit de vote aux femmes. Pour autant, le sexisme, la misogynie et la lutte contre le patriarcat et pour l’égalité demeurent pour elles un combat au quotidien.

Deux romans

Une drôle de femme narre l’histoire de Nermin, une apprentie scribouillarde qui croit fermement en des idéaux communistes. Elle aime la littérature russe et écrit des poèmes. Elle aime s’entretenir avec d’autres intellectuels et souhaite mener une vie d’artiste. Mais dans la Turquie conservatrice des années 50, sa soif de liberté et ses aspirations bohèmes dérangent. À travers ses yeux à elle, puis ceux d’un homme de sa famille, Leylâ Erbil nous brosse le portrait d’une jeune femme en quête d’émancipation. Un roman puissant qui nous rappelle que chaque combat, malgré les victoires, apporte son lot de pertes.

Le point de départ de Ne tournez pas la page n’est autre qu’un fait divers :

Aujourd’hui, Leyla Tasçı est morte. Prise d’un accès de démence, elle s’est jetée de son balcon avec sa fille. Une enquête a été ouverte contre son mari.

Un fait divers comme on en lit malheureusement tant d’autres. En France, au moment où j’écris cet article, 30 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en 2019. Dans son roman, Seray Şahiner imagine Leyla (le prénom est-il réellement anodin ?) ce qu’a été sa vie jusqu’à ce drame, ce qu’aurait pu être sa vie sans ce drame, ce qui aurait permis d’éviter ce drame…

Une cause

Quarante ans exactement séparent la première publication de ses deux œuvres. Toutes deux, pourtant, portent dans des termes, des mots et des situations différentes, le même message. L’envie que les femmes soient libres, libres de leur choix, libres de leurs aspirations, libres de leur corps. Libres d’être elles-mêmes.

Un immense merci aux éditions de Belleville pour oser faire vivre ici ces voix d’ailleurs…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *